Le rugby n’a pas de date de naissance, il a des légendes. Celle que tout le monde connaît met en scène un collégien anglais qui ramasse le ballon à la main. Elle est probablement fausse. Ce qui suit est plus solide : des objets, des matchs datés, des photographies que l’on peut encore consulter. Ils expliquent pourquoi un jeu d’écoles privées britanniques a fini par devenir, de Toulouse à Clermont, une affaire de clocher.
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Webb Ellis a-t-il vraiment inventé le rugby en 1823 ?
Selon le récit le plus répandu, William Webb Ellis, élève de la Rugby School, aurait pris le ballon à la main en novembre 1823 au beau milieu d’une partie de football, en contradiction avec toutes les règles de l’époque. Le geste aurait donné son style et son nom au nouveau jeu.
Problème : ce témoignage n’apparaît qu’en 1876, plus d’un demi-siècle après les faits, rapporté par un ancien camarade. Personne ne l’avait mentionné auparavant. Les historiens y voient une histoire commode, née au moment où les écoles se disputaient la paternité du jeu. World Rugby a malgré tout donné son nom au trophée de la Coupe du monde, la William Webb Ellis Cup.
La suite de sa vie est moins connue, et bien plus française. Devenu pasteur, recteur d’une paroisse de l’Essex en 1855, Webb Ellis meurt à Menton le 24 février 1872. Sa tombe, oubliée, n’est retrouvée qu’à la fin des années 1950. Depuis, des équipes de passage sur la Côte d’Azur viennent s’y recueillir.
Que le geste ait eu lieu ou non importe finalement peu. Le rugby est né d’une codification lente, école par école, des multiples variantes du football anglais, dont certaines autorisaient déjà la course ballon en main.
Pourquoi le ballon de rugby est-il ovale ?
Au départ, il l’est à peine. Le catalogue reproduit sur cette page, publié en 1871, propose deux ballons côte à côte : celui de l’Association, rond, et celui du Rugby, à peine allongé, fermé par un laçage. Une vessie en caoutchouc vulcanisé, une épaisse enveloppe de cuir, six tailles au choix. Rien à voir avec l’objet actuel.
La forme s’est étirée au fil des décennies. Les explications avancées sont surtout pratiques : un ballon allongé se tient mieux sous le bras et se passe plus facilement à deux mains, quitte à rebondir de façon imprévisible. Aujourd’hui, la Loi 2 de World Rugby fixe les dimensions du ballon à XV : entre 280 et 300 millimètres de long et un poids compris entre 410 et 460 grammes. Notre guide du ballon de rugby explique comment choisir la bonne taille, de l’école de rugby aux seniors.
D’où vient la Calcutta Cup, le plus vieux trophée du rugby ?
D’Inde. Le jour de Noël 1872, des Anglais et des Écossais installés à Calcutta disputent un match à vingt contre vingt. Le succès est tel qu’un club naît dans la foulée, en janvier 1873. Mais le climat chaud et humide décourage les joueurs, le tennis et le polo attirent les membres, et le club périclite.
Plutôt que de laisser dormir leurs fonds, les derniers adhérents les retirent de la banque et les font fondre pour fabriquer une coupe, offerte à la fédération anglaise. Depuis 1879, elle récompense le vainqueur du match entre l’Angleterre et l’Écosse. C’est le plus ancien trophée du rugby, et l’un de ceux qui se jouent encore pendant le Tournoi des Six Nations. Il n’est jamais remis en jeu lors d’une Coupe du monde.
Pourquoi le bouclier de Brennus est-il un « bout de bois » ?
Parce qu’il en est un, au moins en partie. Le trophée remis au champion de France est une plaque de métal ciselée, fixée sur un panneau de bois. Il a été créé en 1892 pour la première finale du championnat, d’après un dessin initial de Pierre de Coubertin, par le graveur parisien Charles Brennus. Les joueurs l’appellent « le bout de bois », et soulever ce bout de bois reste l’ambition de toute une carrière dans le Top 14.
Contrairement à une idée tenace, le nom n’a aucun rapport avec Brennus, le chef gaulois qui pilla Rome en 390 avant notre ère. Moins connu encore : un second bouclier, sorti du même atelier la même année, récompense le champion de France de longue paume, l’ancêtre du tennis. Coubertin, joueur de paume lui-même, avait poussé les deux commissions vers le même artisan.
La photo a été prise en 2023 au musée du Vieux Toulouse. L’objet n’a rien d’une pièce figée : au fil des titres, la fantaisie de ses détenteurs successifs l’a façonné peu à peu.
Le rugby a-t-il été un sport olympique ?
Oui, quatre fois sous sa forme à XV. La première édition se joue à Paris, en octobre 1900, sur la pelouse du vélodrome municipal de Vincennes. Trois équipes seulement : le Frankfurter Fussball Club pour l’Allemagne, les Moseley Wanderers pour le Royaume-Uni, et une sélection de joueurs parisiens réunie par l’USFSA, l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques.
Les Français gagnent les deux matchs, 27 à 17 face aux Allemands puis 27 à 8 contre les Anglais, venus de Birmingham après une nuit de voyage. Environ six mille spectateurs assistent à cette seconde rencontre, un dimanche à neuf heures du matin. Détail administratif savoureux : en 2021, le Comité international olympique a requalifié cette équipe de France en équipe mixte, à cause de la présence d’un joueur américain dans ses rangs.
Vingt-quatre ans plus tard, la finale tourne au fiasco. Le 18 mai 1924, au stade de Colombes, les États-Unis, déjà tenants du titre, battent la France 17 à 3 devant une vingtaine de milliers de personnes. Le match est violent, deux Français sortent blessés et les tribunes finissent en bagarre.
Ce sera la dernière apparition olympique du XV. Le rugby ne reviendra aux Jeux qu’en 2016, à Rio, sous la forme du rugby à 7, plus courte et compatible avec un tournoi de quelques jours.
Quand le XV de France a-t-il joué son premier match ?
Le 1er janvier 1906, au Parc des Princes. L’adversaire n’est pas n’importe qui : les Néo-Zélandais, surnommés plus tard les Originals, achèvent une tournée européenne qui a marqué les esprits. La défaite française est nette.
Cette toute première équipe de France compte déjà deux étrangers, l’Anglais William Crichton, du Havre AC, et l’Américain Allan Muhr, du Racing Club de France. L’apprentissage sera long. Entre 1906 et 1914, le XV dispute 28 rencontres internationales et n’en gagne qu’une seule, contre l’Écosse, le 2 janvier 1911, sur le score de 16 à 15.
Ce match de 1906 ouvre surtout une rivalité avec les All Blacks qui structure encore l’imaginaire du rugby français. Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui sur le terrain, nos guides des règles du jeu et du lexique du rugby prennent le relais.
Questions fréquentes
- Qui a inventé le rugby ?
- Personne en particulier. La tradition attribue le geste fondateur à William Webb Ellis, élève de la Rugby School en 1823, mais ce récit est apparu un demi-siècle plus tard et les historiens le tiennent pour une légende. Le jeu est né d’une lente codification des football scolaires anglais.
- Pourquoi le trophée du Top 14 s’appelle-t-il le Brennus ?
- Il porte le nom de Charles Brennus, graveur parisien qui l’a ciselé en 1892 pour la première finale du championnat de France. Le chef gaulois qui pilla Rome n’y est pour rien. Les joueurs le surnomment « le bout de bois », à cause de son support.
- Le rugby à XV est-il encore aux Jeux olympiques ?
- Non, plus depuis un siècle. Il a disparu du programme après la finale de 1924 à Colombes, remportée par les États-Unis face à la France. Le rugby n’est revenu aux Jeux qu’en 2016, à Rio, sous sa forme à sept joueurs, plus courte et plus facile à organiser.
- Quel est le plus vieux trophée du rugby ?
- La Calcutta Cup, mise en jeu entre l’Angleterre et l’Écosse depuis 1879. Elle a été fabriquée à partir des fonds d’un club de Calcutta dissous, fondus pour en faire une coupe offerte à la fédération anglaise. Elle se dispute aujourd’hui pendant le Tournoi des Six Nations.
Publié le 17 octobre 2026. Une erreur, une précision ? Écris-nous, on corrige.
